mercredi 5 mars 2008

Les mains des autres


Je suis pas là pour mettre mes petites graines en terre, sous les néons.

Privée du plaisir médidatif de placer des millions de plantes en devenir sur le terreau.

Ces gestes tant de fois répétés.

... Laver et désinfecter les plateaux.
Préparer le mélange de terreau.
Mouiller le terreau- juste assez.
En remplir les plateaux.
Disposer les semences de façon ordonnée: 250 par plateau pour les oignons et les poireaux- En rangées de 15 pour les solanacées, 8 rangs par plateau...
Couvrir cette vie en puissance de l'épaisseur requise de terreau: 2 fois la longueur de la graine. 3 fois au champs.
Plomber.
Placer sous les néons, position basse.
14h hv contre 10 heures d'obscurité.
Faire la visite le matin.
Arroser au besoin à l'eau tempérée.
Lever les néons si nécessaire.
Veiller au grain.
Au moindre indice de fonte des semis, préparer une décoction de prêle et traiter au besoin
...

Veiller au grain

la germination rend flagaga. Ce petit vert d'une tendresse de nouveau né. La première racinaire, mère de toutes les racines, qui sais où elle s'en va. Les cotylédons tout frippés avec la coquille de graine encore accrochée. Le fin fil qui devindra tige, deviendra tronc, soutiendra des kilos de biomasse à tous les vents, mais qui, dans les jours qui suivent sont déploiment, choit sous la bruine de l'arrosage... puis se redresse toute fière pour tenter de rejoindre la lumière artificielle.

et la petite pousse qui devient plante.


La période des transplant est bien entâmée.
Et j'y préside... en fantôme.

J'ai fait la paperasse, les prévisions, les commandes, les calendriers de travail, les feuille de registres de transplants...
La période des liste est commencéeavec le premier matin où j'ai déjeûné avec mon habituelle feuille 8 1/2 par 11 pliée en 2.
Sous la date, je dresse la liste des tâches de la journée avec leur mode d'emploi...

Puis je confie le précieux bout de papier à ma prothèse de bras droit
Des fois, je vais retrouver précieux bras droit pendant la journée pour modifier l'emploi du temps.
Le précieux papier qui doit me revenir avant la nuit, beurrée de terre, les items biffés, les précisions ajoutées...
La liste de la journée terminée qui va rejoindre la pile de listes crotées.

Notre labeur empilé.

J'ai fait mes premières listes. Puis j'ai pris la route de la ville.
Quand j'ai quelques minutes, je vais dire coucou aux plantules.
Je vérifie si ça lève bien, si les mains des autres répondent à mes influx nerveux....
Divisée

jeudi 28 février 2008

30 kèk'

La trentaine me file entre les doigts.
une autre année s'est encore échappée aujourd'hui.

Il me reste encore tant à faire

mardi 26 février 2008

No intiendo

Y a rien a faire.
Quand je pose les yeux sur ces documents,
cette correspondance assidue de Revenu Québec et de l'Agence du Revenu du Canada,
la seule chose qui me vient en tête, c'est cette chanson de Katerine:
''Qu'est ce qu'il a dit? J'ai pas compris ce qu'il a dit...
Qu'est ce que t'as dit? J'ai pas compris ce que t'as dit.."

Je n'ai pas encore eu le temps de lire le rapport de la CAAQ,
je me suis mis une nuit blanche à l'agenda pour le faire et je vous en ferai un compte rendu.
J'espère qu'ils proposent un allègement de la charge administrative...

mercredi 20 février 2008

INTERLUDE

Je veux avoir l'air d'un blog normal
avec toutes les commodités de la vie contemporaine
La vitesse et les petits n'importe quoi pour combler les besoins les plus hétéroclites.
Je veux faire partie de la parade virtuelle
Dans mon wagon a foin
Mais télécharger un vidéo de 3 minutes me prend 3 heures.
Ce serait moins long de lui donner un lift en tracteur
mais je suis consciente des GES
J'ai déjà perdu trop de temps à tenter de vous épargner quelques secondes.
je vous demande donc un petit effort, quelques clics tout au plus
qui vous procureront, je vous l'assure un plaisir, non dénué de beauté

Allez-vous en donc
une fois rendu, dirigez vous à l'onglet video et selectionnez Frozen Grand Central
(attendez 3 heures que ça télécharge au besoin i.e. si vous êtes das la brousse)
Profitez du spectacle...

De retour après la pause

vendredi 15 février 2008

Le monde est fou


Des fois, en campagne profonde, on réussit à oublier qu'on vit dans une époque où la réalité rattrape la fiction, un peu plus chaque jour...
Mais jamias pour bien longtemps, notre époque surréaliste a tôt fait de nous rejoindre où que nous soyons...
Hier, J'ai entendu à la radio qu'aux Jeux Olympiques de Pékin, les athlètes auront le DROIT de porter des masques si la pollution athmosphérique gène leur performance - 2 abherrations: ils ont besoin qu'on leur accorde la permission Et ils porteront des masques.
Puis, le chroniqueur suivant a mentionné que la mode dans les bars du boulevard St-Laurent est au gilet pare-balles.
Plus tard, à l'heure du lunch
le petit garçon était encore posté devant l'écran de télé à mon restaurant habituel de phò (ou soupe tonkinoise), sous le regard bienveillant de sa grand-maman édentée. Ma soupe engloutie, en enfilant mon manteau, je jette un oeil sur l'écran et m'aperçoit que le petit de 3-4 ans n'écoute non pas teletoon comme à son habitude mais joue plutôt à un jeu vidéo. Je souris, il maîtrise vachement bien la voiture. Et puis, à l'écran, sous les directives des menottes joufflues du mioches, un homme cagoulé sort en courant de la voiture, saute sur un itinérant et lui assène une série de coup, puis tire à grands coup de revolver sur un passant... au son des dialectaux encouragements et des rires de la grand-mère non virtuelle.
La soupe m'est remonté dans la gorge.

Des fois j'ai juste envie de rester dans mon champ à cultiver mes légumes.

samedi 9 février 2008

Joe Fafard - Une célébration de la ruralité


Je veux absolument écrire un billet à ce sujet.
J'ai du mal à trouver des mots, toute boulversée que je suis.

Avec mon petiot, nous sommes allés à la découverte de Joe Farfard cet après-midi au Musée des Beaux Arts.
J'avais bien sûr déjà vu ses vaches dans des documentaires et aux nouvelles.
Je n'avais jamais poussé plus loin.
Aujourd'hui, petiot et moi assistions à une pièce de théatre pour enfants au CNA. Le titre en était "Ah! la vache!" (excellent, en passant)
J'ai l'ai fait rigolé en lui disant qu'après la pièce "Ha la vache" je l'amènerais voir une exposition de vaches.

D'entrée de jeu, je dois dire que la sculpture est la forme d'art qui me touche le plus.
J'ai rêvé longtemps de devenir sculpteure.
De plus, devenue fermière sur le tard, la ruralité me touche...
Joe Fafard est loin d'être anecdonique,

L'authenticité, l'amour et le plaisir de créer suintent de ses oeuvres
L'humanité de ses personnages rappellent Ron Mueck, dans leur fragilité, leur vulnérabilité, leurs imperfections...
Ses oeuvres de faïence sont d'une beauté sans fin - jamais je n'ai vu une telle maîtrise des glaçures.
Ses animaux - chevaux, vaches, boeufs- recréés à la perfection pour être ensuite décomposés et recomposés dans une panoplie de médium - saisissent l'essence de ces nobles bêtes.
On y sent une sensibilité inouï. Un hommage à l'essentiel des êtres, homme et bête.
Le coup de grâce, je l'ai reçu dans tous le corps en pénétrant dans une des dernières salles de l'expo.
Des chevaux y couraient au galop, sous le soleil, dans les prairies, fougueux, libres, forts, racés...
Je n'aime même pas particulièrement les chevaux
C'était d'une telle beauté
Je me suis mise à pleurer comme une madeleine
Quand petiot s'est aperçu de mes larmes, il n'en a même pas été étonné.
"Tu pleure de joie? moi aussi j'ai comme des larmes", qu'il a dit.

Nous sommes sortis souriants
Nous sommes allés nous acheter un bloc d'argile

L'art a ce pouvoir de rendre tellement heureux parfois
Merci Joe Fafard

jeudi 7 février 2008

l'hiver maraicher

Il y a du monde qui pense qu'on se la coule douce l'hiver.
Il y même du monde qui pense qu'on part en voyage.

Une fois, lors du dernier jour de marché de la saison, alors que le nez rougi et les doigts tout blancs de froid, je rendais son change à une fidèle cliente en lui souhaitant un bon hiver, elle m'a lancé:
"là, vous autres, vous allez avoir des vacances bien méritées... vous travaillez tellement fort... Vous partez dans le sud, l'hiver?"

Le cher Renart s'est lui aussi déjà questionné à ce sujet.

Le comportement hivernal des maraîchers constitue, je crois une "enigue"?
Chose sûre, il en "intrigme" plus d'un.

Tout le monde sait que ceux qui ont des vaches à lait travaillent 365 jours par année.
EUX AUTRES y travaillent fort!
et en arrivant à la ferme, j'ai mis le point sur la table - je ne veux pas d'animaux parce que l'hiver je veux être capable de partir en voyage.
Ça c'était AVANT, alors que je pensais comme bien des gens que les maraîchers se la coulent douce l'hiver, et que des fois, même, ils partent en voyage...

à date, Personnellement,
je n'ai jamais entrevu la moindre possibilité d'aller me balader dans les tropiques, de me bercer dans un hammac ou encore de m'enfoncer dans une grotte pour y hiberner, toute blottie entre deux ours entre deux saisons au champ

Je n'irai pas jusqu'à dire que nous travaillons autant l'hiver que l'été, ce serait nettement exagéré... et démesurément épuisant
mais nous ralentissons à 37.5h semaine, et ça s'approche de la dolce vita...

Depuis notre arrivée en campagne profonde, on a profité des hiver pour terminer une thèse de doctorat et pour travailler à l'extérieur de la ferme, question de payer notre gros train de vie fermier... parce qu'on ne niaise pas avec la poque: on roule en tracteur, on achète des semences en grosses quantités, et nous payons nos employés quand ils ne sont pas bénévoles...

ET il faut comprendre que la saison maraichère ce n'est pas de juin à septembre...
La saison maraîchère se termine avec le mois de novembre avec les dernières récoltes, le ménage du champ et l'entreposage. On profite de décembre pour prendre un bain, nettoyer la maison et faire la comptabilité de la compagnie, les T4, payer les factures qui s'accumulent pendant que nous sommes au champ. En janvier le temps vient le temps de planifier la saison- quels sont nos besoins, combien de m de haricots jaunes, verts, bourgogne, combien de plants de tomates, et ça ca donne combien de g de graines, on en est où dans la rotation, combien de fois les gens de panier auront du brocoli, les panais se vendent bien à Ottawa, faudrait en faire un peu plus...

Puis il faut époussetter la publicité pour les paniers, recruter nos ''partenaires'' de paniers et expliquer d'innombrables fois au téléphone ''comment ça marche, les paniers'', participer à des comités de marché solidaire, de marché public, de l'UPA, de sélection de ferme recipiendaire du prix Érard Séguin, faire le choix et les commandes de semences... pour entâmer la production de transplants en février... et ça repart...

À travers tout cela, cette année, nous finissons de finir de construire notre cuisine 1 2 3 Soleil!
Nous en sommes à poser le gypse et bientôt la céramique

Mes lectures ces temps-ci tournent autour de Johnny's selected seeds et Biaugerme, alors que S se pâme devant de belles poulettes ...

mercredi 30 janvier 2008

La vertu contre les petits pots VS les vertus des petits pots


La simplicité devient simple quand l'essentiel des déplacements se limite à passer de la maison au champ, au fond d'un rang perdu. L'absence de salaire est peu douloureux en l'absence de sollicitation. EN campagne profonde il n'y a rien à acheter, sauf des légumes à mon kiosque le vendredi après midi. Et je serais en situation de sevrage intense, en manque profond si mon envie de consommer m'amenait à m'acheter des légumes à moi-même. Quand je suis fermière, je quitte rarement mon coin de terre. Quand je m'en éloigne, c'est pour livrer mes légumes et en ces occasions, je suis pas mal trop sale pour aller arpenter les centres d'achats. Remarquez que je me suis accroché les pieds une fois, incidemment dans un magasin de souliers. Quand j'ai retiré mes gougounes, mes pieds étaient si crasseux (mais non point nauséabonds, je tiens à le souligner) que la vendeuse est devenue livide. En campagne profonde, on use nos vêtements à la corde, ce qui est rare en Occident - et j'ajoute ici que les vêtements de plein air de qualité sont vachement difficile à user - j'ai dû faire 80km à 4 pattes avec mes pantalons North Face achetés en 1998 avant qu'un fil barbelé me mette les fesses à l'air. J'ai fêté ça, j'étais écoeurée de les porter.


Or, maintenant que j'ai une personnalité multiple et que j'oscille entre gros cul et petit gigot, entre talons hauts et gougounes, rouge à lèvre et hâle de limon, la simplicité est devenue obligatoirement volontaire.

J'ai maintenant un salaire.
Sur ma route, je croise des vitrines de magasins.
Des fois, j'arrête. Et on m'y appelle madame.
Toujours on me demande si j'ai la carte Airmiles.
Ben non... j'ai rien acheté depuis 5 ans.

Et là...
Le diable est entré en moi.
Il ne s'habille pas encore en Prada mais il multiplie les petits pots.
Depuis toute petite, c'est ma bête noire.
La bibitte se transforme en obsession. Une maladie mentale.
Et là, il y a une pharmacie qui a ouvert - avec toute la gamme de produits Benefits - dont je regarde le catalogue racorni que ma belle soeur m'avait rapporté de chez Sephora, Paris, il y a 7 ans
Et là, il y a une autre pharmacie qui a été rénovée et qui tient Clarins et Nuxe...

un peu plus et ils vendent des produits Keihl's à la station d'essence, Caudalie au dépanneur, l'Occitane au casse-croute et l'eau de Foucaud coule à la place de l'eau de source chez le bonhomme G.
Ce serait la catastrophe,
mais j'aurais une peau à l'allure d'être retouchée à photoshop
Voilà que la simplicité devient un choix et non une obligation.
Un choix renouvellé sans arrêt devant le bombardement d'extraordinaires produits de consommation.
Et des fois, je l'avoue, je flanche...
quelques chouchoux:
Lemon Aid et Dr Feelgood de Benefits
Bain aux plantes Relax, Doux nettoyant moussant, éclat minute embelliseur teint, Souffle de rouge de Clarins
l'exfoliant et le masque frais hydratant de Nuxe
Tous contiennent des Parabenes, sont non bio, coûtent démesurément cher, sont probablement testés sur les animaux (du moins leurs composantes le sont), et font un bien fou... au moral!
C'est con de même... la chaire est faible.

maudite hiver

''Bon, il pleut encore sur nos nos cordes de bois chèsse''

lundi 14 janvier 2008

Les sceptiques seront confondus

Ma Chère Voisine, dont la maisonnée compte les seules âmes qui vivent à des lieux à la ronde autour de ma tanière, a changé de nom.
Elle est devenue Madame Chère Voisine depuis qu'elle a remplacé l'institutrice de mon petiot à la maternelle. À notre plus grand bonheur.
Quand je l'ai croisée sur le chemin de garnotte enneigé après avoir été convoquée à la rencontre parents-enseignants de décembre, je lui ai avoué ma difficulté à intégrer une telle rencontre à mon agenda de fou.
''Ben voyons donc! qu'elle me sermonne, la chère voisine, je vais rapporter ses cahiers de classe pour les vacances des fêtes. Tu viendras chez nous quand tu auras le temps, on fera notre bilan du petit dans le spa''
C'est donc vêtue d'un costume de bain que j'ai appris que mon petiot avaient bien appris les concepts de base de biologie que je lui ai inculqués.
Primo. Il entretient à l'école une vive discussion avec un autre petit garçon sur les raisons de la disparition des dinosaures. Dans le coin droit, l'autre petit gars soutient que c'est le météorite qui en est la cause. Dans le coin gauche, mon petit obstineux préféré nie: ce sont les conditions météorologiques qui ont fait suite au météorite qui les ont tués, et non pas le météorite en tant que tel. Et voilà qu'un chercheur vient mettre du piquant dans le débat en répondant à la grande interrogation de Michel Rivard: ce seraient la faute des insectes, devenus vecteurs de nouvelles maladies qui auraient éliminés ces gros reptiles préhistoriques.
Secundo, il dit à tous les petits amis que nous sommes des animaux, ce qui, parait-il, en répugne plus d'un.
Trio à corde. Et celle-là est moins rigolote. Le grand-papa d'un petit camarade est décédé. Le petit en question dit que son grand papa est maintenant un ange au ciel ce qui correspond bien peu à la façon dont on parle de la mort chez nous. Fiston est allé raconter au petit éprouvé que:
#1, les anges, ça n'existe pas;
#2, son grand-père n'est pas au ciel mais en train de se décomposer dans la terre;
#3, (qui a dû grandement réconforter l'autre garçon) son grand-père continue à être avec nous à travers les larves et les bactéries que son cadavre nourrit.

Madame chère voisine m'a avoué son désarroi à intervenir dans de tels débats- et qu'elle était bien contente de ne pas enseigner à Montréal...


p.s. Je pense inscrire la candidature de fiston pour le prix sceptique 2009...
Cliquer ici pour connaître les lauréats et candidats des prix sceptique et fosse septique 2009

jeudi 10 janvier 2008

et toi, ca va, physiologiquement?

La transition de fermière à bureaucrate ne se fait pas sans dommages collatéraux... et corporels.

Physiologiquement, les changements sont drastiques.

Il y a a peine trois mois, je bougeais sans arrêt du matin au soir.

Maintenant, seuls mes doigts sont actifs, au tricot et au clavier.

Il y a mes pieds qui se font aller quelques heures par jours aussi: sur la clutch et l'accélérateur.

Conséquemment, cela oblige à une révision majeure de la manière de satisfaire mes besoins primaires.

Fini le temps où répéter les soirées à boire de la bière en mangeant des chips n'avait aucun effet visible sur ma graisse abdominale.

Et adieu petit popotin à l'allure de gigot, le voilà qui s'ammolli pour rendre mes journées devant l'écran plus confortables.

Métamorphose dans l'essentiel,

quand je suis fermière, je cherche à minimiser l'effort et maximiser la quantité de calories ingérées.

bureaucrate, je dois chercher les moyens de maximiser mes dépenses d'énergies (prendre l'escalier plutôt que l'ascenseur, courrir du stationnement au bureau...) et minimiser mon ingestion de nutriments.

Je suis en train de devenir un Homo sapiens var. civil servantus agrocul

vendredi 4 janvier 2008

Salud, dinero y amor!


Au tout début de ma vie adulte, j'ai vécu un an dans une famille en Amérique Centrale.
À chaque jour de l'an, je me remémore cette nuit, qui, à mes yeux, est le summum de la fête là-bas:
On célèbre dans chaque maisonnée et juste avant minuit, tout le monde sort dans la rue pour se souhaiter l'essentiel:
Salud Dinero y Amor, sous les pétards, bouteille à la main, en robe soleil...

Cette année, je dois dire que nos premières minutes de 2008 étaient pas loin du summum, parka en plus.
Grâce à nos amis, venus célébrer avec nous l'arrivée du nouvel an en campagne profonde.
Juste avant minuit, nous avons réveillé notre trâlée de petiots juste par des bisoux parfumés au raisins fermentés.
Nous les avons glissé un à un dans leur habit de neige respectif, encore tout plein de sommeil.
Et nous sommes sortis sous le ciel étoilé.

C'était magique.

Nous avons trouvé une bouteille de champagne et une bouteille de jus de pomme dans la boîte aux lettres et les feux d'artifice se sont mis à pêter au dessus de nos HO! et nos HA!
Assis dans la neige, nous nous sommes offerts nos souhaits pour la nouvelle année à tour de rôle, en buvant au goulot...

Je vous en donne un beau paquet à mon tour:
Je vous souhaite une année 2008 avec
plus de lumière
plus d'amour
plus de soleil
moins de gaz à effet de serre
plus d'aventure
moins de pollution
de la pluie la nuit, mais pas trop
des animaux et des plantes en santé
pas de chicane
du camping
plein de légumes
du travail qu'on aime
des vacances quand on en a besoin
de belles découvertes et des sourires d'enfants
...

et à ceux qui viennent me voir en campagne profonde et connaissent plus que mon profil,
je souhaite qu'on se voie plus souvent!

vendredi 28 décembre 2007

Best before 25 Dec.

On a beau se démener, On arrivera tous à Noël en même temps.
Enfin c'est ce qu'ils disent.
ET c'est vrai en partie. J'ai réussi à mettre une dinde de la ferme sur la table au réveillon, remplir nos valises de vêtements propres, organiser un tant soit peu la maison avant de décoller vers la ville, bricoler une maison en pain d'épice avec Loup et écouter deux, trois fois les charbonniers de l'enfer en rafale...
Les cadeaux étaient emballés mais le spectacle de Loup au réveillon était quelque peu bancal, je n'ai pas envoyé mes voeux à mes amis et mon équipe, je voulais faire des petites boulettes au poireaux et je ne les ai pas faites...
Noël est arrivé, Noël est passé.
On a fait ce qu'on a pu, et devons faire le deuil de ce qu'on a pas réussi à faire.
J'avais un conte de Noël à inscrire ici, sur le blogue, et puis... Noël a passé. Et voilà que je m'apercois que mon conte de Noël est couvert de moisi.
Dépassée la date de péremption.

lundi 17 décembre 2007

Magie blanche

Hier, seule la charrue est passée sur mon rang.
Pas une auto, pas même une motoneige ne s'est aventurée dans tout ce blanc.
Nous étions comme dans une image de livre pour enfants.


Seuls au monde parmi cette démesure de neige qui nous engloutissait.
Nous étions équipés pour survivre longtemps dans cette démesure de neige.
Nous avons du bois, des légumes plein le caveau, des oiseaux plein le congélateur, du vin et des livres.
Au plus fort de la tempête, nous sommes sortis. Nous nous sommes enfoncés dans la neige (jusqu'aux cuisses) et dans notre forêt pour aller se couper une épinette de Noël.


En revenant, nous l'avons décorée.
Pendant un moment, nous n'étions plus en 2007.


mercredi 12 décembre 2007

la mort, l'automne

Hier matin, 5h, S s'est glissé hors du lit pour accomplir l'ignoble.
Il s'est faufilé en douce dans le poulailler, tel un abominable renard.
Il s'est emparé des belles grosses dindounes une par une pour les encager 3 par 3.
Il devait faire -20 mais il suait à grosses gouttes, nos 17 oiseaux de Noel, mi-dinosaure mi-autruches, avaient atteint le poids vénérable de 9kg malgré leur vie au grand air.
À les transporter, 3 par cage dans 40 cm de neige, il s'est gelé les poils de nez et a mouillé sa tuque.
Il a entassé les cages dans la remorque et les a amené vers leur mort.
Elles n'ont pas bronché. Mais je n'irai pas jusqu'à croire qu'elle étaient résignées.
Leurs jours étaient comptés.
Il ne leur en restait plus.

Depuis que nous sommes à la fermes, nous élevons nos oiseaux. Pour nous nourir.
Avant la ferme, j'ai vécu 13 ans de végétarisme.
À la ferme, je me suis remise à un régime omnivore. Je ne ferai pas ici un essai sur les raisons de ma transition bien que mon choix soit fondé sur des préoccupations philosophiques, politiques, scientifiques et environnmentales.
Si j'écris cela ici, c'est parce que tuer les oiseaux c'est une expérience philosphique.
À date on a toujours tué les animaux à la ferme.
Égorgés, tués, plumés, nettoyés, congelés de façon artisanale.
Souvent des amis nous aident. Il n'y a rien de plaisant la dedans mais c'est un geste essentiel. Nous tuons pour manger. Nous rendons grâce, nous remercions et nous accomplissons le sacrifice. Et après c'est la fête, nous mangeons.

Cette année, nous avions beaucoup d'oiseaux. Nous avons eu la chance d'avoir de l'aide pour la tuerie des poulets, oies et canards.
Et puis il restait les dindounes qui glougloussaient.
Et puis il y a eu la neige.
On a attendu un redoux.
Mais non... il a neigé de plus belle.
Pas d'eau.
On s'est résignés à amener nos belles grosses boules de plumes à l'abattoir.
Quelle mort laide.

ce matin en me levant, j'ai regardé le poulailler dans le peu d'aube qu'il y avait.
Les portes béantes, inhabité.
J'ai dit à S: 'Ça fait drôle, hein, le poulailler vide?'

Poulailler vide, maison ronde vide,
plus d'oiseaux, plus d'équipe,
c'est l'hiver qui commence...

Hommage aux dindounes

mercredi 5 décembre 2007

hymne à la maille

D'entrée de jeu, j'affiche mes couleurs:
Tricot machine: pas capable.
Sauf que mon fiston aime alors je me résigne à faire semblant.
Il y a environ un an, revenant de chez le dentiste, Monique Giroux n'en finissait plus de ne plus tarrir d'éloge au sujet de tricot machine. Moi je faisait la rencontre de tricot, à la broche.
J'étais passée, en passant, chez kèkune.
je m'en revenais et au moment où j'enfile ma tuque, elle me lance:
"Eille! tu connais-tu ça cette laine là? moi je capote!"
La martha stuwarte en moi s'est excité:
"laine?"
et la voilà qui s'élance:
"regarde cela! C'est de la super laine, c'est faite par ordinateur, tu tricotes des bas pis ca change de couleur et ça fait de motifs tu-seul! Ça coûte cher mais ça fait des maudits beaux bas! Pis c'est chaud. Moi je les fais pour les filles, pour mettre dans les patins l'hiver..."
Cupidon venait de toucher. J'avais vaguement tricoté avec grand moman T dans ma jeunesse. J'ai sauté dans mon char et j'ai foncé vers la boutique que kekune m'avais indiqué: WOOLAINE.
Et depuis, je tricote. Je tricote de façon compulsive de novembre à mars. Des bas, des mitaines, des tuques et des foulards. Je tricote en auto et devant la télé. Je tricote dans chaque temps mort. Je ne suis plus capable de m'arrêter. Je tricote pour ne pas culpabiliser quand je m'arrête.
Vian chantais "Je bois... systématiquemenet..."
Salette fredonne "Je tricote... systématiquement... et des fois, je bois en plus"

pour de beaux modèles gratis, zéro phentex...

jeudi 29 novembre 2007

envie de printemps

Tempête de neige...
Le gazon est toujours plus vert dans l'autre saison...
On oublie vite.
Les catalogues de semences commencent à remplir notre boîte aux lettres,
et nous, à rêver aux prochaines petites graines que nous mettrons en terre.
Aux asperges et aux verdures.
Mais, d'ici là..
On en a des carottes, des choux et des courges à manger...
et des oiseaux!

mardi 27 novembre 2007

vendredi 23 novembre 2007

windshield washer

Il y a un biais dans mon billet d'hier.
Mon pélerinage quotidien n'est pas une partie de plaisir chaque jour.
Ce matin, il y a un 'truck a bois' qui venait de prendre le 'ditch' dans la côte à Newton (prononcer NOUTINE). À l'approche de la descente, cinq hommes à casquettes, âgés de 18 à 70 ans, se sont chacun sorti une main d'une poche pour me faire signe de ralentir. Ma fenêtre était gelée, j'ai ouvert la portière.
''Qu'est ce qui se passe?'' j'ai crié.
Le moustachu m'a répondu:
''Y avait de la glace en d'ssous de la neige. J'm'en v'nais, pis je me su' mis à r'culer par en arrière dans' côte. J'ai pris le 'ditch'. Tu vas me voir, chu juste là, c'est mon truck à bois. Mais fais attention... si tu y vas tranquilement, tu vas être correct...''
Je lui ai dit:
''Ouais, moi aussi ça m'est déjà arrivé ici... mais j'ai des pneux cloutés asteure. Chu correct. Salut!''
C'est vrai qu'elle est bête la côte à Newton. Ça arrive souvent qu'on arrive pas à la monter.
Ensuite, quand j'ai pris la grande route, je me suis rapidement rendu compte que mon réservoir de lave-glace était vide. Je voyais rien. Les essuie-glace n'étaient utiles qu'à étendre la gadoue qui revolait des roues de la voiture précédente afin de couvrir la vitre d'une couche de sel. Visibilité nulle et il ne neigeait même pas.
J'ai dû m'écarter de mon chemin habituel pour aller acheter deux bidons de liquide lave-glace moins 40 à la station service. Le capot de ma voiture était glacé et ne voulait plus s'ouvrir. Il a fallu que j'enlève la slush sale avec mes mains pour le décoincer. Et après... incapable d'ouvrir le bidon! Le bouchon était IN-DÉ-VI-SSABLE! Encore pire avec les doigts gelés. Un vrai 5 minutes en temps réel à forcer sur le maudit bouchon... C'en était trop.... j'ai crié: CÂLISSE! C'est sorti tout seul...
J'ai pris une grande respiration et je me suis dit que ça me prenait un homme. Je suis allée retrouver un monsieur qui faisait le plein d'essence et lui ai avoué mon impuissance face au bidon. Il m'a dit qu'il fallait couper le petit bout de plastique pour le dévisser. Il me l'a coupé avec sa clé et m'a dit que maintenant ça se dévisserait tout seul. C'ÉTAIT MÊME PAS VRAI! La languette n'avait pas besoin d'être coupé et c'était toujours indévissable. J'ai grogné un bon coup, j'ai forcé de tous mes doigts et j'ai enfin arraché le sapré bouchon.
Maudite hiver!



jeudi 22 novembre 2007

mon long chemin, tout blanc de neige blanche

Depuis presque un mois, tous les matins, je quitte ma tanière isolée pour retrouver mon poste de travail, dans la foule. De rat des champs, je passe à rat des villes. Pour cela, je dois parcourir un nombre honteux de kilomètres. Durant la majeure partie du trajet, j'arpente ma campagne, je salue mes voisins qui montent sur leur tracteur ou qui, depuis peu, sortent leur souffleuse. J'imagine mon bolide sur une carte géographique, engloutissant des km. Arrivée en ville, ma cadence passe de pas de géant à pas de souris. Jean dit je prends mon rang comme les autres, dans la file des voitures.
Depuis quelques jours, un peu plus chaque matin, mon chemin de garnotte blanchi. Pas de sel ni de gadoue dans ma campagne, juste un tapis blanc, bien épais, une grosse moquette qui feutre nos pas. Nous chaussons nos pneus à crampons. Nous attendons que la gratte ait passé pour attaquer la route. Et parfois, malgré les crampons, malgré la gratte, nous sommes forcés de nous encabaner. Ma campagne souvent si colorée prend des allures de photo noir et blanc. La forêt devient dentelle sur fond noir. Des volutes de fumée de poêle s'élèvent au-dessus des maisons. Les traces de pas, en relief dans la neige, trahissent les allées et venues des animaux, petits et grands.
Mon chemin est rempli de spectacles chaque jour renouvellé.
Et pour ce qui est de la partie pare-choc à pare-choc, quelques bons cd arrivent à faire oublier l'absurdité de la situation et le temps perdu à produire des gaz à effet de serre. En compagnie de Rachid Thaha, Xavier Caféine, DJ Champion, David Byrne (...), c'est la fête dans l'habitacle et entre deux 'tounes' j'ai le temps de me mettre du rouge à lèvre.
Après avoir garé mon carosse, je finalise le trajet à pied.
J'ai vite réalisé que mes grosses 'sorel' trahissent mes origines. Que je doit parfaire mon déguisement.
Il faut que je m'achète des bottes...