vendredi 28 décembre 2007

Best before 25 Dec.

On a beau se démener, On arrivera tous à Noël en même temps.
Enfin c'est ce qu'ils disent.
ET c'est vrai en partie. J'ai réussi à mettre une dinde de la ferme sur la table au réveillon, remplir nos valises de vêtements propres, organiser un tant soit peu la maison avant de décoller vers la ville, bricoler une maison en pain d'épice avec Loup et écouter deux, trois fois les charbonniers de l'enfer en rafale...
Les cadeaux étaient emballés mais le spectacle de Loup au réveillon était quelque peu bancal, je n'ai pas envoyé mes voeux à mes amis et mon équipe, je voulais faire des petites boulettes au poireaux et je ne les ai pas faites...
Noël est arrivé, Noël est passé.
On a fait ce qu'on a pu, et devons faire le deuil de ce qu'on a pas réussi à faire.
J'avais un conte de Noël à inscrire ici, sur le blogue, et puis... Noël a passé. Et voilà que je m'apercois que mon conte de Noël est couvert de moisi.
Dépassée la date de péremption.

lundi 17 décembre 2007

Magie blanche

Hier, seule la charrue est passée sur mon rang.
Pas une auto, pas même une motoneige ne s'est aventurée dans tout ce blanc.
Nous étions comme dans une image de livre pour enfants.


Seuls au monde parmi cette démesure de neige qui nous engloutissait.
Nous étions équipés pour survivre longtemps dans cette démesure de neige.
Nous avons du bois, des légumes plein le caveau, des oiseaux plein le congélateur, du vin et des livres.
Au plus fort de la tempête, nous sommes sortis. Nous nous sommes enfoncés dans la neige (jusqu'aux cuisses) et dans notre forêt pour aller se couper une épinette de Noël.


En revenant, nous l'avons décorée.
Pendant un moment, nous n'étions plus en 2007.


mercredi 12 décembre 2007

la mort, l'automne

Hier matin, 5h, S s'est glissé hors du lit pour accomplir l'ignoble.
Il s'est faufilé en douce dans le poulailler, tel un abominable renard.
Il s'est emparé des belles grosses dindounes une par une pour les encager 3 par 3.
Il devait faire -20 mais il suait à grosses gouttes, nos 17 oiseaux de Noel, mi-dinosaure mi-autruches, avaient atteint le poids vénérable de 9kg malgré leur vie au grand air.
À les transporter, 3 par cage dans 40 cm de neige, il s'est gelé les poils de nez et a mouillé sa tuque.
Il a entassé les cages dans la remorque et les a amené vers leur mort.
Elles n'ont pas bronché. Mais je n'irai pas jusqu'à croire qu'elle étaient résignées.
Leurs jours étaient comptés.
Il ne leur en restait plus.

Depuis que nous sommes à la fermes, nous élevons nos oiseaux. Pour nous nourir.
Avant la ferme, j'ai vécu 13 ans de végétarisme.
À la ferme, je me suis remise à un régime omnivore. Je ne ferai pas ici un essai sur les raisons de ma transition bien que mon choix soit fondé sur des préoccupations philosophiques, politiques, scientifiques et environnmentales.
Si j'écris cela ici, c'est parce que tuer les oiseaux c'est une expérience philosphique.
À date on a toujours tué les animaux à la ferme.
Égorgés, tués, plumés, nettoyés, congelés de façon artisanale.
Souvent des amis nous aident. Il n'y a rien de plaisant la dedans mais c'est un geste essentiel. Nous tuons pour manger. Nous rendons grâce, nous remercions et nous accomplissons le sacrifice. Et après c'est la fête, nous mangeons.

Cette année, nous avions beaucoup d'oiseaux. Nous avons eu la chance d'avoir de l'aide pour la tuerie des poulets, oies et canards.
Et puis il restait les dindounes qui glougloussaient.
Et puis il y a eu la neige.
On a attendu un redoux.
Mais non... il a neigé de plus belle.
Pas d'eau.
On s'est résignés à amener nos belles grosses boules de plumes à l'abattoir.
Quelle mort laide.

ce matin en me levant, j'ai regardé le poulailler dans le peu d'aube qu'il y avait.
Les portes béantes, inhabité.
J'ai dit à S: 'Ça fait drôle, hein, le poulailler vide?'

Poulailler vide, maison ronde vide,
plus d'oiseaux, plus d'équipe,
c'est l'hiver qui commence...

Hommage aux dindounes

mercredi 5 décembre 2007

hymne à la maille

D'entrée de jeu, j'affiche mes couleurs:
Tricot machine: pas capable.
Sauf que mon fiston aime alors je me résigne à faire semblant.
Il y a environ un an, revenant de chez le dentiste, Monique Giroux n'en finissait plus de ne plus tarrir d'éloge au sujet de tricot machine. Moi je faisait la rencontre de tricot, à la broche.
J'étais passée, en passant, chez kèkune.
je m'en revenais et au moment où j'enfile ma tuque, elle me lance:
"Eille! tu connais-tu ça cette laine là? moi je capote!"
La martha stuwarte en moi s'est excité:
"laine?"
et la voilà qui s'élance:
"regarde cela! C'est de la super laine, c'est faite par ordinateur, tu tricotes des bas pis ca change de couleur et ça fait de motifs tu-seul! Ça coûte cher mais ça fait des maudits beaux bas! Pis c'est chaud. Moi je les fais pour les filles, pour mettre dans les patins l'hiver..."
Cupidon venait de toucher. J'avais vaguement tricoté avec grand moman T dans ma jeunesse. J'ai sauté dans mon char et j'ai foncé vers la boutique que kekune m'avais indiqué: WOOLAINE.
Et depuis, je tricote. Je tricote de façon compulsive de novembre à mars. Des bas, des mitaines, des tuques et des foulards. Je tricote en auto et devant la télé. Je tricote dans chaque temps mort. Je ne suis plus capable de m'arrêter. Je tricote pour ne pas culpabiliser quand je m'arrête.
Vian chantais "Je bois... systématiquemenet..."
Salette fredonne "Je tricote... systématiquement... et des fois, je bois en plus"

pour de beaux modèles gratis, zéro phentex...

jeudi 29 novembre 2007

envie de printemps

Tempête de neige...
Le gazon est toujours plus vert dans l'autre saison...
On oublie vite.
Les catalogues de semences commencent à remplir notre boîte aux lettres,
et nous, à rêver aux prochaines petites graines que nous mettrons en terre.
Aux asperges et aux verdures.
Mais, d'ici là..
On en a des carottes, des choux et des courges à manger...
et des oiseaux!

mardi 27 novembre 2007

vendredi 23 novembre 2007

windshield washer

Il y a un biais dans mon billet d'hier.
Mon pélerinage quotidien n'est pas une partie de plaisir chaque jour.
Ce matin, il y a un 'truck a bois' qui venait de prendre le 'ditch' dans la côte à Newton (prononcer NOUTINE). À l'approche de la descente, cinq hommes à casquettes, âgés de 18 à 70 ans, se sont chacun sorti une main d'une poche pour me faire signe de ralentir. Ma fenêtre était gelée, j'ai ouvert la portière.
''Qu'est ce qui se passe?'' j'ai crié.
Le moustachu m'a répondu:
''Y avait de la glace en d'ssous de la neige. J'm'en v'nais, pis je me su' mis à r'culer par en arrière dans' côte. J'ai pris le 'ditch'. Tu vas me voir, chu juste là, c'est mon truck à bois. Mais fais attention... si tu y vas tranquilement, tu vas être correct...''
Je lui ai dit:
''Ouais, moi aussi ça m'est déjà arrivé ici... mais j'ai des pneux cloutés asteure. Chu correct. Salut!''
C'est vrai qu'elle est bête la côte à Newton. Ça arrive souvent qu'on arrive pas à la monter.
Ensuite, quand j'ai pris la grande route, je me suis rapidement rendu compte que mon réservoir de lave-glace était vide. Je voyais rien. Les essuie-glace n'étaient utiles qu'à étendre la gadoue qui revolait des roues de la voiture précédente afin de couvrir la vitre d'une couche de sel. Visibilité nulle et il ne neigeait même pas.
J'ai dû m'écarter de mon chemin habituel pour aller acheter deux bidons de liquide lave-glace moins 40 à la station service. Le capot de ma voiture était glacé et ne voulait plus s'ouvrir. Il a fallu que j'enlève la slush sale avec mes mains pour le décoincer. Et après... incapable d'ouvrir le bidon! Le bouchon était IN-DÉ-VI-SSABLE! Encore pire avec les doigts gelés. Un vrai 5 minutes en temps réel à forcer sur le maudit bouchon... C'en était trop.... j'ai crié: CÂLISSE! C'est sorti tout seul...
J'ai pris une grande respiration et je me suis dit que ça me prenait un homme. Je suis allée retrouver un monsieur qui faisait le plein d'essence et lui ai avoué mon impuissance face au bidon. Il m'a dit qu'il fallait couper le petit bout de plastique pour le dévisser. Il me l'a coupé avec sa clé et m'a dit que maintenant ça se dévisserait tout seul. C'ÉTAIT MÊME PAS VRAI! La languette n'avait pas besoin d'être coupé et c'était toujours indévissable. J'ai grogné un bon coup, j'ai forcé de tous mes doigts et j'ai enfin arraché le sapré bouchon.
Maudite hiver!



jeudi 22 novembre 2007

mon long chemin, tout blanc de neige blanche

Depuis presque un mois, tous les matins, je quitte ma tanière isolée pour retrouver mon poste de travail, dans la foule. De rat des champs, je passe à rat des villes. Pour cela, je dois parcourir un nombre honteux de kilomètres. Durant la majeure partie du trajet, j'arpente ma campagne, je salue mes voisins qui montent sur leur tracteur ou qui, depuis peu, sortent leur souffleuse. J'imagine mon bolide sur une carte géographique, engloutissant des km. Arrivée en ville, ma cadence passe de pas de géant à pas de souris. Jean dit je prends mon rang comme les autres, dans la file des voitures.
Depuis quelques jours, un peu plus chaque matin, mon chemin de garnotte blanchi. Pas de sel ni de gadoue dans ma campagne, juste un tapis blanc, bien épais, une grosse moquette qui feutre nos pas. Nous chaussons nos pneus à crampons. Nous attendons que la gratte ait passé pour attaquer la route. Et parfois, malgré les crampons, malgré la gratte, nous sommes forcés de nous encabaner. Ma campagne souvent si colorée prend des allures de photo noir et blanc. La forêt devient dentelle sur fond noir. Des volutes de fumée de poêle s'élèvent au-dessus des maisons. Les traces de pas, en relief dans la neige, trahissent les allées et venues des animaux, petits et grands.
Mon chemin est rempli de spectacles chaque jour renouvellé.
Et pour ce qui est de la partie pare-choc à pare-choc, quelques bons cd arrivent à faire oublier l'absurdité de la situation et le temps perdu à produire des gaz à effet de serre. En compagnie de Rachid Thaha, Xavier Caféine, DJ Champion, David Byrne (...), c'est la fête dans l'habitacle et entre deux 'tounes' j'ai le temps de me mettre du rouge à lèvre.
Après avoir garé mon carosse, je finalise le trajet à pied.
J'ai vite réalisé que mes grosses 'sorel' trahissent mes origines. Que je doit parfaire mon déguisement.
Il faut que je m'achète des bottes...

lundi 19 novembre 2007

Le fond de l'air est frette

Les petits matins sont de plus en plus givrés. Rien à voir avec les céréales du matin ou les lendemains douloureux. Ce n'est pas du sucre blanc qui recouvre jusqu'à la moindre brindille le matin mais une poudre de froid. Il faudra commencer à chauffer le poêle bientôt. J'admets d'entrée de jeu mon absence total de sens de l'entretien du feu au foyer. Je l'assume entièrement. Je suis une femme et ce sont les hommes qui, depuis toujours, s'occupent du feu. Entre vous et moi, qui tourne autour du feu, brasse les braises, revendique le contrôle des combustibles, réorganise les branches du brasier (...) au camping et dans les fêtes en plein air? Les mâles. Durant les trois derniers hivers, je passais mes journées seule à la maison, S s'activant à gagner des sous hors bercail. Le matin, il bourrait le poêle pour éviter que sa petite femme ne se transforme en glaçon dans la journée. À son retour, je l'accueillais, le nez rougit, la buée qui entourait mes mots de bienvenue, la tuque sur le crâne et trois chandails de laine sur le corps. Pas pour rien, la chanson 'fais du feu dans la cheminée je reviens chez nous'. Il faut le rappeller à sa femme de chauffer le poêle parce que sinon, elle oublie. Cette année, les rôles sont inversés, moi, femelle, je pars à la chasse aux deniers le matin pendant que mon mâle reste à la tanière, attisant le feu. OUi, Le fond de l'air est de plus en plus frette, mais le retour au chaud bercail devient, lui, de plus en plus doux...

mercredi 7 novembre 2007

La double vie de Salette

Les vacances sont finies,

et mon coeur fait twi twi twi...


Les derniers paniers (ASC) de la saison ont été livrés il y a déjà belle lurette.

La caveau est plein à craquer.

La bête à plusieurs têtes, bras et jambes, dont le gros coeur rythmait notre quotidien s'est complètement démembré. Mon équipe. Le démantèlement a débuté de façon assez cruelle, alors qu'un coup... de téléphone... lui a arraché la tête.


''Salette, le Canéda t'offre de joindre ses rangs...''

et moi de répondre:

''C'est bon, laissez moi le temps de prendre une douche, me curer les ongles, me teindre les cheveux (dont la couleur me donne plus l'allure d'une beach bum que d'une bureaucrate) et de changer mes bottes de caoutchouc pour des talons hauts''


Me voilà maintenant, quittant chaque matin ma campagne profonde pour m'asseoir devant un écran, travailler in ingliche et me bourrer le crâne d'acronymes. Je reviens la nuit tombée vers là où mes racines continuent de s'enfoncer. Sur ma terre. Je continue de croire qu'être fermière est le plus beau métier du monde. Mais mon emploi actuel n'est vraiment pas loin dernière et je me pince chaque jour pour vérifier si je ne rêve pas. I am so lucky!

Salette entâme son retour en campagne profonde, déguisée mais avec encore la tête plein de mots...

mardi 2 octobre 2007

King of the Heirloom

Les Heirloom.
Les légumes du patrimoines.
Vous connaissez?
C'est un bien vaste domaine de connaissance qu'ici à la ferme nous maîtrisons de mieux en mieux...

Mon histoire agricole est bien courte mais celle de mon espèce l'est moins.
L'homo sapiens pratique l'agriculture depuis un bon 10 000 ans (on est pas à mille ans près!) et c'est rapidement que mes ayeux se sont mis à croiser des plantes. L'hybridation n'a rien à voir avec les OGM. L'hybridation c'est notre patrimoine naturel, c'est le fruit du travail et de la connaissance de générations d'êtres humains cultivant la terre pour s'en nourrir.

Des générations et des générations de plantes et d'animaux pour mieux satisfaire des générations et des générations d'êtres humains. Domestiquer les plantes pour qu'elles satisfassent de plus en plus nos besoins, du plus charnel au plus basique. Productivité acrue des parties recherchées de la plantes. Amélioration et diversification du goût et de l'apparence. Adaptation aux conditions locales. Des panoplies de grosseurs, de couleurs, de formes, de goût, de résistances... pour chaque légume. Il n'y a pas si longtemps nos cultures étaient partie intégrale de notre culture.

Puis il y a eu la standardisation: la tomate est ronde et rouge vif (rouge tomate!), de couleur uniforme à la peau lisse, elle pèse 300g...

Dans le sillon de la soupe Campbell's et du ketchup Heinz, qualité est devenu synonyme d'uniformité, les 938 autres variétés de tomates pouvaient bien aller se faire voir, la barbie des tomates avait vu le jour, ferme et bien roulée, le canon de la tomate tel une caricature venait de voir le jour. La tomate, le haricots, la carotte, la courgette, le poivron... presque tous le même sort: après que nos ancêtres en ont eu multiplié presque à l'infini les varités, une poignée d'ancêtre extrêmement récents sont venus effacer les fruits de leur travail pour n'en garder que les plus caricaturaux, les plus productifs, les plus résistants aux pathogènes, ravageurs et conditions climatiques extrêmes from coast to coast.

Heureusement quelques marginaux, quelques résistants qui préfèrent l'histoire en continuité plutôt que par révolutions, continuent de cultiver le concombre de Matante Alice, le maïs des indiens Mandan, la tomate noire d'un ancêtre de Crimée, le blé bleu qui ferait d'un punk le petit prince...

Dès nos début à la ferme, ça a été notre but: avoir accès à toutes cette avalanche de forme, de couleur de goût... Chaque année, je ne peux me résoudre à cultiver moins de 250-300 variétés de légumes, toujours au moins une trentaine de variétés de tomates, une dizaine de variété de courges, une tentaine de variétés de laitues, etc... Par pur plaisir... Par pur bonheur...

Ce ne sont pas tous des heirlooms (d'anciennes variétés de légumes de notre patrimoine) mais beaucoup en sont et il y en a avec qui nous nous acharnons. Le voilà enfin, notre emblême du patrimoine agricole québécois, digne de la soirée canadienne... Après 5 ans d'essais, Le voilà, notre tant attendu, notre vedette. Nous le savourons enfin, le splendide melon de Montréal, gros et sucré à souhait, empireumatique, gourmet et gourmand. Ce melon était cultivé avant, sous l'asphalte du boulevard Descaries et était savourés dans les meilleurs restaurants de New York et de Boston. Il a disparu parce qu'il se conservait mal sur les tablettes. Il voyage mal le gros monsieur. Ici, il voyage du bout du champ jusqu'à nos mains, où d'un coup de couteau, nous l'éventrons directement au champs pour s'en mettre plein la bouche et bénir nos ayeux.

mercredi 19 septembre 2007

De retour en scène

Côté course.
J'ai ralenti la cadence.
Légèrement.
La codéine n'étant pas un stimulant très efficace...
Quand je suis tombée, une équipe d'athlètes bien intentionnés, ayant le fil d'arrivée bien en vue, du souffle et du coeur à revendre ont attrapé le bâton de relais qui me glissait des doigts. Heureusement.
Ils me l'ont rendu la semaine passée. Me l'ont glissé dans la poche parmi les cailloux de Loup, c'est là qu'il entrepose sa collection.
Et j'ai repris la course, mon petit pas cahin caha, le souffle court, la tuque horrible plantée sur la tête, la boîte de mouchoir sous le bras...
Mon équipe... Je n'en parle pas assez... mais au rythme où je blogue et à la quantité de choses qui se passe au champ et dans mon crâne, que voulez vous...
J'y réserve un billet à ma dream team.




Côté jardin.
En mon absence, mon jardin a survécu un premier gel significatif protégé de bâches et de sprinklers.
C'est toujours un stress immense et au fond du coeur, une petite envie de délivrance...
Nous faisons tout en notre pouvoir pour protéger nos belles cultures sensibles au gel mais la saison prendra fin un jour et le temps vient de laisser la récolte quotidienne de haricots, courgettes, pâtissons, tomates, concombres pour se consacrer à vider le champ avant que le sol ne gèle complètement...

dimanche 16 septembre 2007

Ailloille!

Je suis tombée au combat cette semaine.
J'ai pris un panneau de signalisation en pleine bouille.
Et d'aplomb.
Ça faisait pourtant au moins un bon mois et demi que je pouvais le distinguer au loin.
Il devenait de plus en plus gros, plus rouge...
Mais moi, je courrais sous les bombes, le petit Loup sur le dos, des tomates plein les mains, des listes de choses à faire s'envolant de mes oreilles et dans le dos une gourde de vin...
Subjuguée par la végétation m'environnant, luxuriante, enivrante, je n'y ai vu que du feu.
Jusqu'à ce que je le prenne en pleine poire, sur le côté gauche du visage.
Le nez, la joue, l'oreille et la mâchoire ont été touchés.
et Selon le gentil Dr L., quelques éclats se seraient peut-être logés dans les poumons.
2 jours à me vider de mes fluides vitaux, plusieurs litres de sueurs, mucus, bile y ont passés.
La fièvre délirante
La faucheuse qui tournait autour du lit...
"Hors saison!" je lui criais!

Le matin, S se présentait à mon chevets, m'offrant crayon et papier pour noter mes dernières volontés:
  • Soigner oiseaux d'en bas et poules (je l'écris tout le temps même si c'est moi qui m'en occupe le moins ici, je me dis je si quelqu'un oublie, je ne serai pas à blâmer)
  • Irriguer serre
  • Arroser blocs
  • tchèquer melons, récolter butterscotch et goûter crookshaws
  • Assez de maïs #2 pour les paniers?
  • 36 paniers et 1 panier de remplacement pour MP et CG
  • Récolter choux-fleurs graffiti
  • Récolter haricots, tomates courgettes concombres broco...
  • Préparer 200lb tomates pour matante Léonne (11h30)
le crayon me glissât des doigts et je gémis dans un dernier souffle:
-Pour les paniers, allez au plus simple: courgettes, concombres, broco, carottes, laitue, tomates, haricots et mettez les melons s'ils sont bien mûrs et des poireaux qu'il faut commencer à sortir du champs...

et je sombrai dans un autre délire de fièvre de 24h où je revis le panneau de signalisation qui m'a frappé si violemment et si douloureusement...

C'était écrit:

ARRÊT
STOP

jeudi 6 septembre 2007

le sprint du marathonien


Où suis-je?
Où est donc Salette?
Non, Salette n'a pas encore crevé d'être fermière.
Et Salette est encore moins en vacance.
Salette rêve de bloguer mais...

Je suis ensevelie sous une avalanche de tomates, concombres, haricots, choux, courgettes, melons, brocolis, carottes, etc...
Je sors la tête pour respirer quelques minutes avant de m'endormir avec un livre et ensuite m'enfouir dans des rêves aux saveurs de légumes, aux odeurs de légumes, aux images de légumes...

Et je compte...
je fais mes bottes de carottes et je compte les carottes...
et je compte les bottes...
et je compte et je compte et en m'endormant ça compte tout seul dans ma tête...

La saison de maraîchage est un marathon.
À mi-saison, la fatigue nous prend. Les crampes se pointent. Le souffle est court.
Et c'est là qu'il faut sprinter.

Récolter tout ce que le jardin nous offre, sans négliger l'entretien de no belles plantes, vendre le maximum et conserver les surplus.


Quand je ne suis pas en train de récolter, couper, tirer de la terre, cueillir les fruits, botteler, laver, peser, compter et ranger dans la chambre froide, j'emmagasine.
La cuisine de transformation avance mais n'est pas encore prête...
Les tomates elles le sont.
Tout comme bien d'autres occupants de mon jardin.

Ça me hante...
Les cornichons, les tomates, les brocolis, les haricots qui s'accumulent
Alors, le soir je conserve.
Le mercredi, je conserve.

Des sprints de fous.
J'en suis à 214 L de tomates, en pots stérilisés sur du temps volé à mon sommeil et à mon garçon, à 74 pots de cornichons à l'aneth de 1L, à 5 boisseaux de haricots blanchis et congelés, à 38 choux fleurs blanchis et congelés, tout comme les 57 brocolis...
Ne rien perdre de cette avalanche de bonheur...
Ah! Et puis il y a eu la rentrée scolaire de mon petit avec le petit lunch, le gros sac à dos, la petite maternelle, le gros autobus jaune et l'avalanche d'émotions...
Et puis, il y a eu le premier gel avec la nuit blanche, les agrotextiles et les sprinklers...
Je savoure et en même temps
J'espère la ligne d'arrivée







mercredi 8 août 2007

Moi, Paysanne


L'autre soir, j'ai revisionné le documentaire de Ève Lamont, PAS DE PAYS SANS PAYSANS.

Bon, ce n'est pas parfait, structure en broche à foin, montage au rateau, voix off de fond de tracteur... mais toujours aussi important et pertinent comme propos. Et on en parle jamais, nulle part.... De ça... de nous... De la production de la nourriture que l'on mange tous... et de nous, agriculteurs qui, fourche à la main, alimentons nos fourchettes.

Je l'ai écouté avec L super bras droit et ma provençale de wwoofer, alors ça prenait une autre dimension. Situer ensemble notre travail quotidien dans le contexte actuel, québécois et mondial. Aux premiers visonnements, ce film m'a laissé les yeux rougis et un gros moton dans le gorgotton. Depuis que je vis la transition de trendy citadine à farmière profonde, j'ai passé par beaucoup de phases: le choc de la réalité agricole, la négation, la révolte, la crise et l'envie de crier sur tous les toits, le désespoir... ce soir là, j'ai réalisé que je suis passée à une autre étape: la résignation. L'écoeurement de la situation et le désarroi du politique.

Je savoure chaque jour à la ferme comme si c'était le dernier. Je me dis que planter mes petites graines et produire de la nourriture que je veux belle, saine et savoureuse pour mes concitoyens, c'est ma révolte. Et je suis lucide malgré Lucien, je sais bien que je ne pourrai peut-être pas continuer comme ça. Je me dis que je me paye un trip en rêvant toutes les nuits de refaire un vrai voyage. Voyager comme avant... Travailler comme des fous et tirer le diable par la queue tout en vivant dans la même société que les autres. Je suis utopiste mais je suis fidèle. Mes anciens goûts ne m'ont pas quittée parce que j'ai quitté la ville pour la campagne profonde. La culture me manque avec tout ce qu'elle a de beaux et de pervers: le théatre, le cinéma, la musique, les musées, et la mode, les soins de beauté, le bon vin, les restos, la consommation et encore la consommation...

J'aime profondément mon travail et quand on est pas trop dans le rouge, j'oserais même dire, Oh Obsénité! que je suis heureuse

Suite à ce revisonnement, J'ai aussi très viscéralement réalisé à quel point je suis chanceuse parce que, 2ième obsénité: j'habite au paradis

Dans le docu, Mme Lamont, dresse un portrait bien peu reluisant de l'agriculture actuelle et prête le micro à des paysans d'un peu partout. Ici sur mon chemin de garnotte, je suis au paradis, entourée d'une nature belle et généreuse et de voisins paysans authentiques. Aucun n'est bio mais tous travaillent à dimension humaine, de façon traditionnelle. Bien loin de ce qu'est devenue la 'vraie' agriculture. Au quotidien, je ne suis confrontée à aucun OGM, aucun élevage de type camp de concentration... pas d'agrobusiness autour de moi. De la paysannerie naturelle, traditionnelle, qui va de soi! Et le meilleure la dedans, c'est que je suis la seule qui a fait un retour à la terre, mes voisins pratiquent l'agriculture parce que c'est comme ça qu'on vit. L'agriculture n'est pas un métier... L'agriculture est un mode de vie... jusqu'à ce qu'on en crève.

Si vous ne l'avez pas encore vu, il est sûrement disponible à votre bibliothèque municipale.
Pas vraiment divertissant comme soirée mais... important. Après tout, on mange tous.

dimanche 5 août 2007

Le beau et l'immonde

L'artiste photographe, Chris Jordan a exposé récemment certaines de ses oeuvres au Von Lintel Gallery de New York City... Celle-ci:



Porte la mention:
Plastic Bags, 200760” x 72”Depicts 60,000 plastic bags, the number used in the U.S. every five seconds....
Pour en voir plus

Merci à Renart Léveillé pour avoir passé le mot

Du thym à la farigoule

Notre belle oiselle s'est envolée voilà près d'une semaine.
Elle laisse un vide.
Elle a pris son vol vers sa chaude Provence, notre provençale de wwoofer.
Elle hume maintenant le romarin, la farigoule et la lavande.
Et dans mon champ, il manque sa gentillesse, son authenticité, son entrain et sa force.
Et dans ma basse-cour, son dévouement.
Dans ma famille, il manque un membre.
Elle aura passé 3 mois avec nous. Nous l'aurions gardée avec nous tout le temps.
Si tu lis ces mots, merci pour tout, du petit matin aux petites heures du matin, de la cuisine à la E, en passant par le chalet, le camping et les lacs.
Tu as un chez-toi chez nous.
C'était un privilège de t'avoir, et e t'avoir si longtemps dans l'équipe
Nous te souhaitons tout le meilleur, tu le mérite au grand complet. xxx
en mémoire d'un de ces beaux vendredis festifs...

lundi 30 juillet 2007

HAAAAAAAWWWWWW!

Pas le temps pantoute.
Pas le temps de rien.
et surtout pas de temps pour bloguer.
Pas pour rien que les agriculteurs sont presque absents du web.
Pas le temps jamais!
La moitié de la saison derrière nous.
On prend une grande respiration et on replonge.
On va avoir des légumes! on va avoir des légumes!
On a rêvé de récoltes gargantuesques.
Je pense qu'elles sont à nos portes!

jeudi 26 juillet 2007

Mots de Loup #2

Les journées sont bien remplies.
Elles se terminent tard.
Éreintée, épuisée, les pieds encore pleins de terre, je passe border mon garçon de 5 ans en allant rejoindre mon lit.
Il se réveille à demi et me lance:
"Maman, je veux un verre d'eau bio!"

dimanche 22 juillet 2007

La vie heureuse des petits oiseaux

Qu'ils sont beaux, les petits oiseaux!
La marmaille grandit et à chaque jours, le souvenir des petits poussins qu'ils furent il n'y a pas si longtemps s'estompe. Sans le savoir, ils exhibent magrets et pilons en courant dans l'herbe tendre pour poursuivre un papillon ou un gros taon. Ils ont commencé à s'empiffrer de fanes et de légumes déclassés. Les graines de concombres les rendent fous.



Aux piaillement on succédés les cot cot, glou glou et coin coin. Sympathiques compagnons, on ne peut s'empêcher de les saluer chaque matin.


Notre bien-aimée provençale de wwoofers en prend grand soin depuis le berceau. Et quels soins! le plus bas taux de mortalité infantile jamais inscrit à la ferme. Je l'espionne la wwoofer, le matin. En ouvrant la porte, elle reste là dans l'embrasure à leur placoter celà. Elle leur donne quelques leçons de vie, et des fois, elle hausse le ton. Elle s'éclipse à 4 heure en plein désherbage pour aller nourrir la marmaille, elle les a à l'oeil quand ils sautent la clôture... elle les ramène au bercail en prenant bien soin de ne plus en écraser un (!!!).


notre belle provençale s'envolera vers les vieux pays dans 7 jours...